Les entraîneurs espagnols, toujours sur le toit du monde

C’est presque un poncif dans le football moderne : l’Espagne a été le pays le plus dominant des années 2010, et cette domination se poursuit dans ces années 2020. En club, tout d’abord : les clubs espagnols et les entraîneurs espagnols dominent la Ligue des Champions et la Ligue Europa de manière particulièrement outrageuse. Le Real Madrid et le FC Barcelone se partagent 8 titres de Champions League depuis 2011. L’Europa League a été remportée 9 fois par un club espagnol depuis 2010 : 3 fois par l’Atlético Madrid, 5 fois par le FC Séville et une fois par Villarreal. Seule la Conference League « échappe » à cette domination, mais le Rayo Vallecano et le Real Bétis ont disputé les deux dernières finales.

La conséquence naturelle de cette domination des clubs espagnols, au sein desquels évoluent dès lors les meilleurs joueurs d’Europe dont une bonne partie sont formés au pays, c’est que l’Espagne est encore et toujours au sommet du football de sélection. Après la Coupe du Monde enfin remportée en 2010, la Roja a confirmé à l’Euro 2012, avant de revenir sur le trône du football européen en 2024. Cet été, à la Coupe du Monde 2026, elle fera clairement partie des grands favoris.

Entraîneurs espagnols : Pep Guardiola et ses disciples

Mais l’Espagne ne domine pas que sur le terrain : elle domine aussi sur les bancs. Tous les titres remportés par la Roja l’ont été avec un entraîneur espagnol aux manettes : Luis Aragones (Euro 2008), Vicente Del Bosque (Coupe du Monde 2010, Euro 2012) et Luis de la Fuente (2024). Mais en club, la qualité espagnole s’exporte. 

Cette saison aura ainsi été la dernière de Pep Guardiola à la tête de Manchester City, et l’importance du Catalan dans l’évolution du football ces 20 dernières années ne peut pas être minimisée. Guardiola a révolutionné le foot, et l’a fait en remportant tous les trophées possibles et imaginables, plusieurs fois. Il quitte les Citizens avec 20 trophées en 10 ans, mais en ayant également laissé un héritage bien au-delà de Manchester City.

Car si Guardiola n’est pas parvenu à remporter un ultime titre de champion d’Angleterre pour ses adieux à City, c’est à cause… de l’un de ses disciples : Mikel Arteta. L’entraîneur d’Arsenal a tout appris de Guardiola en tant qu’adjoint de Pep de 2016 à 2019 à Manchester City.

Ironiquement, là où le Catalan s’est rendu célèbre par son tiki-taka parfois presque caricatural, Arteta y a inséré une bonne dose de pragmatisme, et ses Gunners ne sont pas forcément des plus fidèles aux préceptes « guardiolesques ». Mais si Arteta a failli remporter le doublé championnat-Ligue des Champions cette saison, Pep Guardiola y est pour beaucoup.

Et même s’il n’est pas Espagnol, on ne peut par chauvinisme pas faire sans mentionner le « véritable » disciple de Pep Guardiola en Europe : Vincent Kompany, qui enchante la Bundesliga avec un football chatoyant directement appris des années de notre compatriote à Manchester City. Le football à l’espagnole n’est pas toujours lié à la nationalité.

Luis Enrique, roi de l’Europe…

Si Mikel Arteta n’a pas remporté la Champions League, la finale a toutefois été un véritable manifeste pour la supériorité des méthodes espagnoles en Europe. En effet, en face d’un disciple de Guardiola, on trouvait, sur le banc du PSG, celui qu’on peut probablement considérer comme le deuxième entraîneur espagnol le plus couronné de succès ces 15 dernières années : Luis Enrique.

Vainqueur de la Ligue des Champions en 2015 avec le FC Barcelone, le seul à l’avoir amenée aux Blaugrana depuis le départ de Guardiola, Luis Enrique n’a pas remporté de trophée avec la sélection espagnole, mais est ensuite devenu le meilleur coach de l’histoire du PSG ère QSI. Un statut déjà difficilement contestable après sa première victoire en Champions League à la tête des Parisiens en 2025, mais désormais incontestable depuis que le PSG s’est succédé à lui-même il y a quelques semaines. Le tout en proposant un football léché à l’espagnole, mais aussi agressif, sorte de version moins caricaturale du tiki-taka de Guardiola, plus adaptable également.

… à moins que ce soit Unai Emery ?

Mais si Luis Enrique est le roi de la Champions League, Unai Emery, lui, est le roi de l’Europa League. Et son règne est bien plus tyrannique que celui de son compatriote. Emery a ainsi remporté 5 Europa League avec trois clubs différents : trois avec le FC Séville, une avec Villarreal et enfin une avec Aston Villa cette saison. Les plaisantins ont souligné qu’Emery avait désormais remporté l’Europa League avec tous les clubs comportant « villa » dans leur nom (Séville s’écrivant Sevilla en espagnol).

Une telle domination est presque inexplicable, d’autant qu’en club, à part avec le PSG (et encore, une fois en deux saisons, ce qui est inacceptable pour les Parisiens), Unai Emery n’a jamais remporté de titre en championnat. Il est un homme de Coupes, capable de battre n’importe qui sur une confrontation aller-retour : un analyste et tacticien idéal, dont le style très vertical et très performant en contre est peu habituel pour un coach espagnol mais fait des ravages en matchs à élimination directe. L’Espagne garde certainement un œil sur Emery pour reprendre, un jour, la tête de la Roja et profiter de cette expertise.

La nouvelle génération d’entraîneurs espagnols : Fàbregas, Alonso et Iraola

Mentionnons deux autres entraîneurs à succès issus d’Espagne : Xabi Alonso et Cesc Fabregas. Le premier a connu le succès à la Real Sociedad mais surtout  avec le Bayer Leverkusen, remportant le titre de champion d’Allemagne au nez et à la barbe du Bayern Munich. Son retour au Real Madrid semblait une évidence… et s’est très mal passé. Alonso va désormais tenter de se relancer à Chelsea, un choix qui peut surprendre, surtout quand on sait que quelques semaines après qu’il débarque chez les Blues, Liverpool, son club de cœur, se séparait d’Arne Slot.

Et c’est pourtant… un autre espagnol qui prendra la tête des Reds : Andoni Iraola, qui n’a certes pas remporté de trophées avec le Rayo Vallecano et l’AFC Bournemouth, mais impressionne suffisamment pour recevoir sa chance au top anglais.

Cesc Fabregas, de son côté, est sur la pente ascendante : investisseur à Côme, il en est aussi devenu l’entraîneur à succès. Nouveau venu au sein de l’élite italienne, Côme disputera la Ligue des Champions la saison prochaine, et Fabregas en est l’architecte de la réussite : comme la plupart de ses compatriotes, il propose un style de jeu léché, avec énormément de mouvement mais aussi l’utilisation d’un n°10, sans surprise au vu du type de joueur qu’il était.

Si ces trois coachs prennent la même direction que Guardiola, Alonso et Emery, la domination espagnole sur l’Europe n’est pas près de s’arrêter…

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