Brian Riemer et David Hubert : deux hommes pour un échec
Le RSC Anderlecht a récemment décidé de se séparer d’un deuxième entraîneur cette saison : 6 mois après avoir été nommé intérimaire et 5 mois après qu’il ait finalement été confirmé dans ses fonctions, David Hubert a pris la porte. Tout comme auparavant avec Brian Riemer, la décision est venue d’Olivier Renard, qui, en tant que directeur sportif, n’était pas convaincu du choix d’Hubert – un choix fait un peu par défaut – seulement quelques semaines avant son arrivée.
Si Hubert a reçu son C4, ce n’est pas tant pour son bilan que pour un fond de jeu qui, semaine après semaine, ne progressait pas. Pas plus que son prédécesseur, l’ancien coach des U18 anderlechtois n’est parvenu à hisser son équipe au niveau qu’on attend du RSCA – loin de là, même. Même la victoire 3-0 face au Cercle de Bruges en fin de phase classique n’a pas suffi et le couperet est tombé, nous laissant tout de même face à une question : David Hubert a-t-il même fait mieux que Brian Riemer ? Et si pas, à quoi cette « parenthèse » de 6 mois aura donc servi ?
Le bilan comptable est sans appel
En championnat, la réponse à la question est simple : non, David Hubert n’a pas fait mieux que Brian Riemer. Son bilan est de 39 points sur 69 possibles, soit 56,5% ; Brian Riemer en a pris 59,9% au total – mais ce chiffre comprend bien sûr son excellente saison 2023-2024, lors de laquelle Anderlecht n’est au final pas passé si loin d’un titre de champion.
Mais quand Riemer a pris la porte cette saison, le Sporting était 3e : désormais, les Mauves sont 4e et paraissent avoir un solide temps de retard sur le trio de tête. Hubert n’est pas parvenu à améliorer la situation d’Anderlecht en championnat, malgré des débuts prometteurs et quelques victoires spectaculaires – la plus impressionnante étant bien sûr le 6-1 contre La Gantoise qui, avec du recul, a certainement été l’arbre cachant la forêt et créant des attentes irréalistes chez les supporters.
L’Europe en cache-misère… jusqu’à un certain point
Là où David Hubert a gagné beaucoup de points, tant sur le plan comptable que dans les coeurs, c’est en Conference League. Anderlecht a surperformé dans certains grands rendez-vous, allant chercher les trois points lors de ses deux déplacements les plus compliqués : à la Real Sociedad et au Sparta Prague. Deux victoires plus logiques contre Ferencvaros et Ludogorets, et les Mauve & Blanc frappaient à la porte du top 8 de Conference League.
Puis, là encore, la déception a été à la hauteur des espoirs : perdant deux points ridicules mais fatals à Riga, Anderlecht a ensuite été humilié au Viktoria Plzen, puis à domicile contre Hoffenheim, loupant le top 8 d’un cheveu. Ce qui aurait pu être une campagne européenne totalement réussie se transformait en semi-échec quand Fenerbahçe éliminait sèchement les Mauves en barrages. L’argument n°1 de David Hubert pour défendre son bilan prenait du plomb dans l’aile.
Et côté fond de jeu ? Avantage Hubert, mais…
C’est presque inquiétant : pour la deuxième fois d’affilée, la direction d’Anderlecht se sera séparée d’un entraîneur non pas pour son bilan comptable – comme on l’a vu, Riemer n’avait pas nécessairement à rougir du sien – mais bien parce que le fond de jeu ne correspondait pas aux attentes.
Inutile de revenir en long et en large sur les détails : l’Anderlecht de Brian Riemer jouait très mal au football. Organisé défensivement mais plombé par des erreurs individuelles, il était d’une lenteur proverbiale à la construction. Jamais Riemer n’a trouvé le « liant » qui permettait à des joueurs sur papier talentueux comme Stroeykens et Dolberg de jouer ensemble. Et c’est à mettre au crédit de David Hubert : ce dernier y est immédiatement parvenu.
En resserrant les lignes, rapprochant ses créatifs d’un Dolberg qui a besoin qu’on joue près de lui, le successeur de Riemer a fluidifié le jeu anderlechtois… pour un temps. Car après des débuts prometteurs qui ont enthousiasmé tout le monde (et convaincu Wouter Vandenhaute de le confirmer dans son rôle), David Hubert a déçu. Optant lui aussi pour l’organisation, il ne s’est pas contenté d’être prudent à l’extérieur : Anderlecht commençait souvent ses matchs au Lotto Park avec 5 défenseurs de métier, et deux pivots peu créatifs dans l’entrejeu. Intolérable pour le public… et pour la direction.
Deux hommes, un échec… pour les mêmes raisons ?
Mais si Riemer puis Hubert, deux hommes aux CV et à la personnalité si différents, ont fini par tirer les mêmes conclusions après quelques mois aux manettes, est-ce un hasard ? Comme son prédécesseur, David Hubert s’est rendu compte qu’il devait composer avec un noyau déséquilibré. Les « cadres » ne prenaient pas leurs responsabilités ou étaient hors-forme, les jeunes manquent de personnalité (voire sont surévalués par le club) et les transferts n’ont pas amené la plus-value attendue pour certains. Résultat : plutôt que de tenter le tout-à-l’attaque avec un groupe incapable d’en assumer les risques, Hubert comme Riemer a privilégié la sécurité. Trop de sécurité.
Olivier Renard, qui n’a eu qu’un mercato hivernal gribouillé en urgence pour rééquilibrer le noyau mais ne pouvait pas faire de miracle, a aussi en un sens opté pour la sécurité : Besnik Hasi est arrivé pour jouer les pompiers de service. Il a promis du « beau jeu », conscient que ses deux prédécesseurs ont pris la porte parce qu’ils n’en proposaient pas. Combien de temps mettra-t-il avant de baisser à son tour les bras ?