Les champions de l’UFC ont la bougeotte : deux ceintures, la nouvelle norme ?
Fut un temps où devenir « champ-champ’ » – champion dans deux catégories différentes – était très rare en MMA, et a fortiori à l’UFC, l’organisation n°1 d’arts martiaux mixtes. Randy Couture a été le premier double champion de l’UFC (2003), avant BJ Penn en 2008 ; il faudra ensuite attendre le célèbre Conor McGregor en 2016 pour en revoir un.
Depuis, les choses se sont accélérées : Georges Saint-Pierre a pris sa deuxième ceinture en 2017, Daniel Cormier et Amanda Nunes en 2018, Henry Cejudo en 2019, et enfin Jon Jones et Alex Pereira en 2023. Trois en 19 ans, puis 6 en 7 ans : l’évolution du sport, et notamment la professionnalisation de la pratique du weightcutting (le fait de perdre énormément de poids afin d’évoluer une division plus bas) a permis aux combattants d’optimiser leur poids en début de carrière, avant d’ensuite aller combattre dans leur catégorie « naturelle » une fois que le weightcut devenait trop compliqué.
Désormais, le statut de double champion devient un rêve atteignable : presque chaque champion semble, parfois très vite, envisager de grimper d’une catégorie. Tour d’horizon par catégorie de poids !
Flyweight : Alexandre Pantoja
Champion depuis 2023, Alexandre Pantoja a défendu sa ceinture à trois reprises et l’UFC a bien du mal à lui trouver des adversaires dignes de ce nom. À 34 ans, il n’a plus beaucoup d’années devant lui, les divisions inférieures permettant moins de longévité ; s’il veut monter d’une catégorie, ce sera probablement bientôt. Mais Pantoja n’a jamais évoqué cette éventualité, au contraire de ses prédécesseurs Cejudo et Figueiredo qui évoluent déjà en bantamweight.
Bantamweight : Merab Dvalishvili
Merab Dvalishvili est un bantamweight massif, qui coupe énormément de poids. Il a encore devant lui de nombreux challengers potentiels, et n’a défendu sa ceinture qu’une seule fois. Mais maintenant que son compatriote et ami Ilia Topuria a abandonné la ceinture dans la catégorie du dessus, il pourrait bien tenter d’aller le remplacer.
Mais le Géorgien n’est pas pressé du tout : il a récemment évoqué cette situation. « J’ai déjà dit que si Aleksandre Topuria (frère d’Ilia Topuria, nda) montait jusqu’à la ceinture bantamweight, je l’abandonnerais pour ne pas avoir à l’affronter. Mais ce ne sera pas avant deux ans ». D’ici là, Dvalishvili peut avoir perdu la ceinture, ou même pris sa retraite, lui qui a déjà 34 ans.
Featherweight : Ilia Topuria
Voilà le premier cas concret de potentiel futur double champion dans cette liste : Ilia Topuria a abandonné sa ceinture featherweight, remise en jeu entre Alexander Volkanovski et Diego Lopes. Le Géorgien veut désormais concourir pour le titre lightweight, soit directement, soit en passant d’abord par un combat de chauffe.
Particulièrement massif pour la catégorie poids-plumes, Topuria sera d’une taille bien plus « moyenne » une division au-dessus : lors de son bref passage chez les poids-légers, il avait failli se faire mettre K.O. Regrettera-t-il sa montée ? Quoi qu’il en soit, Ilia Topuria ne semblait plus capable d’effectuer l’intense weightcut qui le maintenait en featherweight.
Lightweight : Islam Makhachev
Islam Makhachev n’a jamais fait secret de ses envies de monter d’une division, explorant ainsi une option que son mentor Khabib Nurmagomedov a longtemps considérée sans passer le pas. Les coupes de poids du Daguestanais sont particulièrement impressionnantes, presque dangereuses : Makhachev n’a plus beaucoup de combats en poids-légers dans le réservoir, c’est une certitude.
Alors, une ou deux ultimes défenses de ceinture cette année (on évoque Justin Gaethje ou… Ilia Topuria) avant de monter d’une catégorie, soit fin 2025, soit en 2026 ? C’est une possibilité réelle. Islam Makhachev pourrait avoir d’ici là cimenté son statut de GOAT de la division s’il conserve son trône.
Welterweight : Belal Muhammad
Belal Muhammad pourrait de son côté se heurter à une cynique réalité : l’UFC n’autorise pas « n’importe quel » champion à monter d’une catégorie. Il faut que le potentiel « superfight » attire l’intérêt du public, et le champion des poids-welter est probablement le moins populaire de toute l’organisation.
La taille de Muhammad, qui plus est, n’en ferait probablement pas un challenger très viable face aux meilleurs poids-moyens, ce que Dricus Du Plessis, l’actuel champion, a souligné : « Qu’est-ce qu’il pourrait faire ? Appeler quelqu’un pour l’aider ? Ce combat serait injuste, je lui marcherais dessus et ce serait fini », lançait-il, invité chez Ariel Helwani.
Middleweight : Dricus Du Plessis
À l’inverse, Dricus Du Plessis est un middleweight d’un format particulièrement respectable, qui coupe énormément de poids. Le Sud-Africain a déjà assuré qu’il aimerait grimper d’une division afin d’y affronter, notamment, Alex Pereira. Difficile de dire s’il pourrait performer dans la division du dessus, qui compte quelques combattants véritablement gigantesques et l’un des plus grands « gaps » de poids en MMA.
Mais quoi qu’il en soit, le champion des poids-moyens a l’air focalisé sur les challengers à venir dans sa catégorie, et notamment la star Khamzat Chimaev. Dans une division dynamique et pleine de sang neuf, il y a peu de chances de voir Du Plessis monter de sitôt.
Light-heavyweight : Magomed Ankalaev
Coupons court ici à toute discussion : Magomed Ankalaev vient à peine de devenir champion light-heavyweight, division où il n’a pas spécialement l’air d’être à l’étroit. Cela, couplé à un manque d’attrait évident pour l’UFC sur le plan médiatique, écarte toute éventualité de monter en poids-lourds.
La montée future la plus probable concerne Alex Pereira, qui devrait obtenir sa revanche contre Ankalaev : le Brésilien veut monter en heavyweight, et rêve d’y devenir le premier… triple champion de l’histoire de l’UFC (MW, LHW, HW). Sera-ce en 2025 ? Rien d’impossible.
Et chez les femmes ?
Au sein des trois divisions féminines, les montées sont en réalité très plausibles que ce soit de poids-paille à poids-mouche ou poids-mouche à poids-coq. Zhang Weili, championne poids-paille, évoque depuis longtemps un « superfight » face à Valentina Shevchenko, qui devrait voir le jour si cette dernière défend son titre avec succès contre Manon Fiorot.
À l’inverse, Shevchenko, si elle ne raccroche pas tout bonnement les gants, pourrait aussi être tentée par un ultime défi dans la division du dessus, où Julianna Peña manque cruellement de prétendantes au titre. On en fait le pari : il y aura un « superfight » en 2025 pour désigner une double championne !